Je viens pour que vous me donniez les clefs

Dimanche 29 août 2010, par Marc Bittar // Points de vue

Françoise entre dans le cabinet. C’est la première fois qu’elle vient consulter un psy. Elle est en situation de crise. Elle commence à expliquer ses difficultés, ce qui l’amène là, et elle dit à un moment « Je viens pour que vous me donniez les clefs ».

Pour illustrer ce qui se passe en Gestalt-Thérapie, nous pouvons imaginer des moments de différentes séances. Par exemple, cette première rencontre pourrait continuer ainsi :

Thérapeute > Je n’ai pas vos clefs, mais je peux vous accompagner sur votre chemin. Ensemble nous regarderons vos difficultés, pour que vous puissiez trouver vos propres clefs.
Françoise > C’est à dire ? Comment je peux trouver mes clefs ?
Thérapeute > Je vous propose de rester la, en face de moi, et de sentir comment c’est pour vous. De prendre conscience de ce que ça vous fait éprouver, penser, vivre.

En Gestalt-thérapie, le psychothérapeute n’est pas celui qui sait pour l’autre : il n’est pas dans une position d’expert, il n’est pas là pour dire à sa patiente comment elle doit se comporter, ce qu’elle doit faire. Il pourrait par contre l’accompagner pour qu’elle puisse voir, sentir, conscientiser, ‘déplier’ ce qui est en elle lorsqu’elle pose cette question. Françoise et son thérapeute pourraient ensuite se retrouver, quelques séances plus tard, à regarder la relation amoureuse de la patiente…

Thérapeute > Depuis quelques minutes, je constate que j’essaye d’aller vers vous et qu’à chaque tentative vous vous échappez... Cela évoque-t-il quelque chose ?
Françoise > [silence, émotion] C’est la même chose avec Paul mon compagnon...

Le thérapeute utilise aussi son ressenti de la situation pour le mettre au service du client.

Thérapeute > Je vous propose juste de respirer et de sentir ce qui est présent pour vous, quand vous me parlez de votre compagnon.
Françoise > [silence] Je sens de la peur, du vide.
Thérapeute > Je suis là, avec vous [silence]. Je vous propose de rester avec ce vide [silence]. C’est comment, maintenant ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui émerge ?
Françoise > J’ai un souvenir de mon père [silence]. J’avais 5 ou 6 ans…

Il peut y avoir de l’angoisse, du vide, du désir, de la joie…. Et, pour le thérapeute, l’accompagnement du patient consiste à « être avec », au plus près du présent, à suivre le cours de ce qui est en train d’émerger, dans le corps, les émotions, les souvenirs,… : dans toutes nos dimensions.